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A.D.P.S.G. Association pour la Défense et la Protection des Vallées Pyrénéennes de Saux et de La Gela
vendredi juillet 28th 2017
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Un remarquable site naturel des Pyrénées Centrales menacé

, botaniste, est l’auteur de la Grande Flore illustrée des Pyrénées. Il vient, chaque année depuis un demi-siècle, randonner et herboriser en vallée d’Aure. Choqué par ce projet de création de station de ski en vallée de , il nous a fait parvenir ce texte par l’intermédiaire de sa fille, Hélène Saule-Sorbé.

La tribune que lui ouvre l’association est d’autant plus pertinente que ses travaux sont mentionnés dans le dossier d’UTN (chapitre 1 page 92). Merci à lui pour sa contribution.

**************

Dans la suite des vastes cirques glaciaires ouverts sur le versant nord des Pyrénées Centrales, dont les crêtes portent à plus de 3000 m les pics emblématiques de la chaîne, se succèdent d’ouest en est le cirque de Gavarnie, le plus célèbre et le plus visité, le Cirque d’Estaubé, voie d’accès à la brèche de Tuquerouge et au Mont-Perdu, desservi par la route jusqu’au barrage des Gloriettes à 1620 m d’altitude, le Cirque de Troumouse au pied de la Munia (3133 m) avec une desserte routière jusqu’à 2100m, et enfin le Cirque de Barroude tout aussi remarquable que les deux précédents dont l’accès miraculeusement protégé, uniquement pédestre à partir de 1400 m d’altitude – ce qui est exceptionnel – échappe encore à l’envahissement motorisé et à ses nuisances.

La promenade à Barroude est l’une des plus belles des Pyrénées. Longeant d’abord l’étroite et encaissée vallée de la Géla, entaillée dans de puissantes assises calcaires recoupées par des filons de roches magmatiques, elle permet l’observation facile de la riche flore calcicole de l’étage montagnard, laquelle déploie, du printemps à l’automne, les merveilles de ses floraisons successives.

Pelouse rocailleuse qui se développe de part et d’autre du chemin en aval et en amont du rocher de la vierge, jusqu’à la berge du torrent, de 1350 à 1480m :

  • Rhapontique faux artichaut, Rhaponticum cynaroides, Lessing (plante protégée 1)
  • Crépis des Pyrénées ; Crepis pyrenaica (L) W. Greuter
  • Drave blanchâtre, Draba incana L (plante protégée 1)

Fissures, vives, couloirs, de l’escarpement calcaire, redressé qui domine le chemin entre 1480 et 1700m, les Lavasses  de la Géla, orienté nord-ouest :

  • Benoite des Pyrénées, Geum pyrenarium Wildenow

Sur rochers irrigués et ombragés :

  • Crépis des marais, Crépis paludosa
  • Calamagnostis faux-roseau, Calamagrostis arundinacea (L) Roth
  • Carex des régions froides, Carex frigida Allioni

Sous bois de la hêtraie qui domine le chemin et vallonnement herbeuse en contrebas :

  • Crepis fausse lapsane ; Crepis lapsanoides (Gouan) Taush
  • Rumex à feuilles d’arum ; Rumex arifolius Allioni
  • Astrancie majeure ; Astrantia major L
  • Spirée ulmaire ; Spiraea ulmaria L

Etc…etc…

En amont des gradins calcaires, le chemin subhorizontal débouche sur l’immense auge glaciaire dont les vastes pâturages se déploient sur près de 3 km jusqu’au pied du socle rocheux qui porte les lacs de Barroude à 2355m.

Valée de La Gela dans les Hautes-Pyrénées

Le chant du torrent qui grondait au fond de la gorge s’adoucit, les hampes lumineuses du lis des Pyrénées se dressent de part et d’autre du sentier, le cincle d’eau à plastron blanc qui explorait les eaux cristallines de la Géla s’éloigne de la berge suivie par les randonneurs. Sur les terrasses herbeuses qui s’élèvent vers le pic Piau, chemine lentement une harde d’isards.

isards en vallée de la Gela (Pyrénées)

Les sonnailles des grands troupeaux de bovins qui paissent à tous les étages de la pelouse couvrent le murmure de l’eau. Les images et les sons d’une nature belle et paisible composent une admirable symphonie pastorale, tandis que les brumes du matin se dissipent et révèlent la longue et vertigineuse muraille blanche et monolithique qui barre le ciel d’Espagne, depuis le pic de Troumouse (3085 m) jusqu’au Gerbats.

Et c’est là, en ce lieu de rêve, la Hourmagerie, en amont de l’unique et discrète bergerie, qu’un projet stupéfiant va implanter le bric-à-brac métallique et mécanique et vomir tout le béton nécessaire à un relais de remontée vers la station de Piau Engaly avec ses bâtiments de confinement et de stockage destinés à la sécurité des personnes en cas de mauvais temps, ses bassins de retenue d’eau (40 000 m3) pour l’approvisionnement des canons à neige, sans parler du tracé des pistes, etc. Et cela, à quelques dizaines de mètres de l’accès le plus oriental du parc national, avec les répercussions fâcheuses que l’on peut prévoir sur la faune qui y est préservée dans les meilleures conditions jusqu’à aujourd’hui.

Ce saccage et ces aménagements dévastateurs qui menacent l’avenir d’un site naturel exceptionnel sont programmés à un moment où le tourisme du tout ski exclusif doit désormais prendre en compte les conséquences du réchauffement climatique, la brièveté de la saison hivernale propice, et la nécessité pour les stations de montagne de s’orienter vers une offre plus diversifiée, étalée dans le temps à la période estivale, incluant donc la découverte, la fréquentation et la connaissance des milieux naturels. En cela, les potentialités du site La Géla-Barroude sont exceptionnelles en raison de leur richesse et de leur variété, depuis le bas de l’étage montagnard jusqu’à l’étage nival, et de la qualité de leur préservation jusqu’à ce jour.

Notre dame de la Géla dont la statuette est toujours ornée de frais bouquets de fleurs naturelles, les amoureux de la nature et des Pyrénées se tournent vers vous, et vous prient d’exaucer leurs prières pour la sauvegarde de cette splendide montagne.

Vierge de la Gela (Hautes-Pyrénées)

"Au passant qui ton nom murmure, ô vierge, rend la route moins dure"

Que dire, enfin, du parking de 500 places à la sortie française du tunnel de Bielsa, belle carte de visite en effet pour cette entrée en France en venant d’Espagne, se substituant à l’état présent qui met en scène le pâturage et le troupeau de brebis géré par le berger de la cabane de Saux, juste en aval, réputée pour son excellent fromage ? La route des skieurs espagnols doit-elle être interrompue à ce stationnement pour qu’ils n’aient pas l’opportunité de descendre dans la vallée d’Aure, d’en découvrir les charmes, le patrimoine et d’y fréquenter les cafés, les restaurants et les commerces qui s’égrènent entre Fabian et Saint-Lary ?

Nous connaissons le savoir-faire du groupe Aramon, dévoreur insatiable d’espaces naturels, développant au-delà du raisonnable ses entreprises tentaculaires et ses capacités de convertir la montagne, conservatoire ultime d’une nature sauvage en parkings de supermarché. Il suffit de franchir le col du Pourtalet en haute vallée d’Ossau en direction de Formigal, pour en avoir une image édifiante.

Notre dame de la Géla…

Marcel Saule

(1) Plantes protégées :

  • Dicotylédones : Leuzea rhapontica (L) J. Holub = Rhaponticum cynaroides Lessing
  • Draba incana L
  • Pteridophytes : Cystopteris montana Desvaux

Cf. Liste nationale actualisée au 1er janvier 1999, Arrêt relatif à la liste des espèces végétales protégées sur l’ensemble du territoire (annexe I)

NDLR : Les liens conduisant aux plantes mentionnées par Marcel Saule sont issus du site La flore des Pyrénées

Voir aussi sur le sujet, l’article de Wikipedia : flore des Pyrénées

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12 Réponses de “Un remarquable site naturel des Pyrénées Centrales menacé”

  1. Janick Cazaubon dit :

    Hier j’ai participé à l’AG de Rando 65.
    L’assos ne prendra pas fait et cause collectivement pour la défense de la Géla « à cause de la dimension politique de ce conflit ».Le bureau ne s’oppose pas aux investissements personnel des membres de l’assos,mais n’ira pas plus loin.Dommage….

    • admin dit :

      Bonjour Janick
      L’association a toujours pris garde de ne pas entrer dans des considérations politiques alors même que, pendant son combat, sont intervenues les élections cantonales. Nous ne voyons donc pas bien où se situe « la dimension politique de ce combat » dont vous faites état.
      Bien cordialement

    • Vanda dit :

      Là est le problème, les associations, au nom de je ne sais quelle « dimension politique » que pose soit disant ce type de dossier (il en va de même pour l’exploitation des gaz et huiles de schistes) ne veulent pas s’engager. Que risquent elles ? de voir leurs subventions diminuer ? si tant est qu’elles en perçoivent. La neutralité politique est une bonne excuse pour ne rien faire et laisser faire. Telle la cigale imprévoyante, elles seront peut-être les premières à pleurer !
      Consolons nous si les adhérents, à titre individuel, s’investissent… Mais parfois il est déplorable de constater que beaucoup ne le font pas !!!

      En ces temps de budget resserré, espérons que ce projet ne verra jamais le jour !

  2. jeannette dit :

    étant amoureuse des fleurs et de cette montagne si belle toute la famille vous soutiens .des charentais sont avec vous

  3. On a de moins en moins de biodiversité et de plus en plus de stations de ski.

    Apprenons à respecter les milieux fragiles qui sont pourtant là depuis des milliers d’années.
    En quelques mois on peut tout détruire.

    Passons nos vacances un peu différemment.
    N’allons pas là où la nature a été conquise pour enrichir les géants du béton ou du tourisme. Allons plutôt skier là où les stations ont lieu d’être, ou existent depuis longtemps…

  4. Janick Cazaubon dit :

    Dans le milieu montagnard je suis connue comme « dame à fleurs ».Lorsque j’ai parcouru la Géla pour la premiére fois pendant l’été 2000,je suis restée sous le charme.Ce site est d’une beauté inimaginable.
    Lui porter atteinte est un crime contre la nature,celle que tout vrai montagnard aime et respecte.
    Les administrateurs de ce forum savent que mon soutien leur est acquis.
    Face à l’indifférence je reprends l’idée d’Andrés Guyot:ce qui arrive chez les autres peut très bien arriver chez vous,un jour.
    Restons mobilisé(e)s!!!!

  5. excousseau dit :

    bonjour
    soutien entier d’un charentais !

  6. excousseau dit :

    Bonjour
    je soutiens completement votre opposition à ce projet même s’il n’est pas dans mon « back yard »
    Cordialement

  7. Je suis l’animateur du Groupe de la Société Française d’Orchidophilie d’Aquitaine dont voici le site web:
    http://orchideebearn.blogspot.com/ Je suis solidaire car cela pourrait très bien nous arriver dans les montagnes du Béarn.
    je vous encourage et je suis avec vous.

  8. francis zanré dit :

    ce projet est un non sens économique et écologique; j’espère que les administrations chargées de l’instruction du projet sauront apliquer les lois et règlements interdisant la destruction d’espèces protégées et la dégradation d’espaces sensibles. Que les associations locales veillent à la stricte application des règles. Il ne faut pas être découragé par l’indifférence apparente des utilisateurs de nature extra locaux: nous sommes tant sollicités! De plus, les personnes (morales ou physiques) non directement concernées (ou n’ayant pas d’intérêt reconnu pour agir) ne sont pas prises en compte par la commission d’enquête et autres décideurs. Ne vous découragez pas!

  9. Ce témoignage montre toute la sensibilité et la générosité de son auteur.
    Espérons que ce plaidoyer suscitera de nombreuses signatures qui à ce jour font encore cruellement défaut !
    Vous avez fait le maximum pour informé vos amis Cafistes dont la fédération regroupe pas moins de 90 000 membres. L’information a été envoyée à tous les clubs qui n’ont pas toujours réagi… C’est à se demander à quoi servent les DTR environnement. Sur Paris l’information n’a touché que quelques organisateurs de la randonnée qui n’ont pas toujours fait suivre. Le DTR en a vaguement parlé dans la newsletter du club. J’ai demandé à ce que dans le forum du club l’on fasse une place à l’environnement, ce qui a été fait et j’ai constaté ceci :
    Gaz de schistes 400 visites
    Piau Engaly 100 visites.
    Nos amis cafistes que je qualifie de consommateurs d’espaces n’ont pas l’air de se soucier des atteintes portées à leur terrain de jeux.
    Côté naturalistes, je ne suis pas sûre que les réactions soient plus positives, car suivant l’adage commun à l’humain « ce n’est pas chez moi, je m’en fiche… » je ne suis pas convaincue qu’il y ait eu beaucoup de réactions parmi eux.
    Vous ne ferez peut être pas paraître ce coup de gueule, mais il est parfois nécessaire de formuler son ressenti !

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